Le déguerpissement mené autour de la décharge d’ordures de Dar-Es-Salam continue de susciter de vives réactions chez les victimes. C’est le cas de l’entrepreneur Kara Keïta, résident à l’étranger, qui a vu son immeuble R+1 ainsi que ses annexes démolis par les équipes de la DATU.
Rencontré à Hamdallaye 1, il est revenu sur les conditions d’acquisition de son domaine.

« J’avais une maison ici, un R+1, ainsi que plusieurs appartements construits autour. Tout cela, je l’ai réalisé avec mes propres moyens, sans crédit ni aide extérieure. Le travail que j’ai accompli ici, c’est le fruit de mes efforts. Aujourd’hui, je me retrouve dans un endroit qui n’existe plus. J’ai acheté ce terrain il y a près de 30 ans. On disait déjà que le dépotoir se trouvait là, mais il était au fond. Avant même de construire un mur ou une brique, j’ai d’abord entrepris des démarches auprès de l’administration. Je suis allé demander à consulter les plans cadastraux pour savoir si cet espace appartenait à l’État ou s’il était habitable. On m’a alors fait comprendre que ce n’était pas le cas. J’ai ensuite mené des démarches au niveau de l’habitat pour obtenir mon titre foncier, qui a été délivré par décret. L’arrêté est là, numéroté, à l’époque de Lansana Conté », a expliqué l’entrepreneur.

Il a ajouté avoir investi pendant 40 ans avant de construire ces espaces.
« Un matin, on m’appelle pour me dire que des gens sont venus et ont tout cassé. J’ai pris l’avion pour revenir, parce qu’on m’a dit qu’il y avait une croix sur ma maison. À mon arrivée, j’ai constaté qu’il ne restait plus rien. Quarante ans d’économies pour bâtir quelque chose de solide dans mon pays, et aujourd’hui, je me retrouve sans rien. Je n’ai aucun endroit où aller. J’avais un R+1, ainsi que des annexes tout autour », a-t-il confié. Il a également précisé qu’ils n’ont, à leur niveau, bénéficié d’aucun dédommagement.

En conclusion, il a lancé un appel pressant au chef de l’État.
« La seule chose que je peux dire, c’est que j’ai confiance au chef de l’État actuel. Il a vécu en Europe et il sait comment les choses se passent. Je sais que s’il était au courant de cela, il ne l’accepterait pas. Il ne laissera jamais ses populations être rejetées dehors. Je sais qu’il a de l’ambition, mais qu’il essaie aussi de voir un peu ce qui se passe autour de lui, parce que là, ça ne va pas. Quarante ans d’économies réduits à néant en deux heures de temps », a-t-il déploré.
Mamadou Baïlo Bah pour lumiere224.com
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