Le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD), à travers le projet AMIS (Accompagnement, Mobilité, Insertion et Sensibilisation), a procédé ce vendredi 12 juin 2026 à la restitution d’une étude anthropologique menée sur la migration irrégulière en Guinée, notamment dans les zones réputées les plus concernées par ce phénomène. La cérémonie s’est déroulée à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, en présence de plusieurs experts, de membres du gouvernement et d’étudiants.
La Dr Safiatou Diallo, enseignante-chercheuse à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, fondatrice et CPA du CIRD, est revenue sur les objectifs de cette étude.

« Le principal objectif était de comprendre pourquoi certaines personnes souhaitent quitter le pays à n’importe quel prix. Nous avons mené cette étude dans plus de vingt localités à travers le territoire national. Des restitutions internes ont été organisées afin d’élargir les débats et nous avons également rencontré plusieurs experts des questions migratoires. Cette étude nous a permis de comprendre que les départs ne sont pas uniquement motivés par la pauvreté, puisque d’importants moyens financiers sont souvent mobilisés pour entreprendre le voyage. Certains partent parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité ou ne voient aucun avenir sur place, tandis que d’autres sont motivés par le prestige social associé à la migration, perçue comme un signe de réussite. »
Conduite par Docteure Safiatou Diallo, ce projet financé par l’Union européenne, vise également à renforcer les capacités de la Direction générale des Guinéens de l’étranger au sein du ministère des Affaires étrangères et à contribuer à la prévention de la migration irrégulière.
Pour Nicolas Huet, directeur pays d’Expertise France en Guinée, cette étude constitue une avancée importante :

« Cette étude a été menée dans le cadre du renforcement des institutions guinéennes par le CIRD. Elle a permis d’obtenir une compréhension plus claire des contextes de la migration irrégulière. Des témoignages poignants ont été recueillis auprès de personnes souhaitant partir, de migrants de retour ainsi que de familles dont les proches ont émigré. Il était essentiel pour nous de recueillir l’ensemble des points de vue. Nous avons constaté que la pression sociale pousse de nombreuses personnes à partir et que cette même pression explique parfois l’absence de retour. »
Docteur Mamadou Sanoussy Diallo, enseignant-chercheur associé du CIRD , a travaillé dans la zone de Labé. Il revient sur certaines observations faites sur le terrain.
« J’ai travaillé dans la région de Labé. Cette expérience m’a permis de constater que la migration y est un phénomène historique. Dans certaines localités, il existe même une croyance selon laquelle il faut quitter son milieu d’origine pour réussir. Certes, la diaspora contribue significativement au développement local à travers des investissements dans l’énergie solaire, la santé ou encore l’accès à l’eau potable. Cependant, nous avons également observé un retour massif et non encadré de jeunes migrants, ce qui encourage parfois d’autres à tenter l’aventure. »
Présent à cette restitution, Mamadou Saïtiou Barry, ambassadeur et directeur général des Guinéens établis à l’étranger au ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, a adressé un message à la jeunesse guinéenne.
« Nous avons pour mission, au nom de l’État, d’assurer la coordination des questions migratoires en Guinée. Cette étude met en lumière les causes profondes de la migration irrégulière et propose des pistes de solutions. Il est important de rappeler aux jeunes qu’il existe un avenir en Guinée, notamment grâce aux nombreux projets mis en place par l’État en leur faveur. Investir dans son pays est préférable à prendre des risques en empruntant des voies irrégulières. Beaucoup de jeunes perdent malheureusement la vie durant le voyage ou subissent des traitements inhumains dans les pays de destination. »
Pour conclure, la Dr Safiatou Diallo a appelé l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion des questions migratoires à redoubler d’efforts. Selon elle, l’émigration ne peut être interdite, mais elle peut être mieux régulée.
« Les pays occidentaux doivent revoir certains aspects de leur discours, tout comme les pays africains doivent renforcer leurs politiques de développement. Une véritable synergie d’actions est nécessaire de part et d’autre. Pour réussir la vision Simandou 2040, il est indispensable de créer des conditions favorables permettant aux jeunes de construire leur avenir en Guinée. »
Kadiatou Baldé pour lumiere224.com
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