Ces dernières semaines, les réseaux d’escroquerie se multiplient dans la sous-région. Récemment, Salimatou Barry, mère célibataire, a été victime d’une arnaque orchestrée via un proche. Notre rédaction est allée à sa rencontre. Elle affirme avoir perdu près de trente millions de francs guinéens.
« Tout d’abord, j’ai appris que certaines personnes ne sont pas du tout honnêtes. C’était un abus de confiance. » Salimatou explique comment l’arnaque a débuté.
« J’avais connu un jeune du quartier, à Kobaya. Nous étions proches : il m’aidait et je l’aidais aussi. L’an dernier, en août, après l’affaire du décarpissement qui m’a coûté mon logement, j’ai publié des vidéos. Lui les a vues et m’a contactée. Il m’a dit : “Je voulais t’aider depuis longtemps. Vu ce que tu traverses : ta maison cassée, pas de travail, pas d’endroit où rester. Je peux t’aider à voyager.” Je lui ai demandé comment. Il m’a répondu qu’il y avait des bateaux qui transportent des gens et qu’il fallait payer 25 millions (seule) ou 40 millions (avec enfant). Je lui ai dit que je n’avais pas assez d’argent. Il m’a proposé de payer en plusieurs fois, en transférant 1 ou 2 millions chaque semaine, et qu’il compléterait le reste. Comme je le connaissais, j’ai eu confiance. »
« Il m’envoyait des photos d’Italie et disait y travailler comme livreur. Moi, je voulais voyager avec mon fils. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème. Au début, je n’ai pas pris ça au sérieux. Mais au bout de trois ou quatre mois il a insisté : “Tu ne veux pas prendre ton voyage au sérieux ? Tu en as marre de rester en Guinée à souffrir ?” J’ai commencé à chercher un logement et un travail. Puis, en mai, il m’a dit qu’il allait contacter une agence et que je devais payer 700 000 FG pour l’inscription. J’ai finalement transféré 500 000 FG par Orange Money et ils m’ont enregistrée. »
« En mai-juin, ils m’ont dit que je devais partir sinon ma place serait donnée à quelqu’un d’autre. Il m’a demandé 10 millions en liquide ; je les ai envoyés. Ensuite, on m’a encore demandé 10 millions que j’ai aussi versés par Orange Money. On m’a assuré qu’il y aurait un dépôt de 15 millions pour m’aider. Une date a été fixée ; je me suis préparée et suis partie en Sierra Leone. On m’avait dit qu’il fallait passer par la Sierra Leone pour obtenir un badge et embarquer. Sur place, j’ai découvert que mon “ami” n’était pas en Italie mais en Sierra Leone. J’ignorais tout. »
« À l’arrivée, une Guinéenne nommée Bountouraby Camara m’a reçue. Il y avait beaucoup de Guinéens et de jeunes filles. On m’a dit que j’étais venue pour un travail, alors que je venais pour voyager. Ils m’ont enfermée dans une maison avec mon enfant. La fille qui était avec moi disait de ne pas avoir peur, que c’était pour un travail, mais je ne comprenais rien. On m’a ensuite demandé 4 millions à Pamalap, je les ai donnés et on m’a remis 1 800 leones. À Kambia, un autre chauffeur m’a emmenée à Faïfa. C’est un certain Kaba, présenté comme le cerveau de l’arnaque, qui m’a dirigée. »
« Là-bas, ils m’ont dépouillée : argent, tablette de mon enfant, téléphone. J’ai passé une semaine dans ces conditions. J’ai vu mon “ami” sur place ; je lui ai demandé pourquoi il m’avait fait ça. Il m’a répondu qu’il m’avait envoyée pour un travail, alors que je souffrais en Guinée. Un jour, j’ai profité d’une sortie pour prier puis j’ai couru sur la route principale pour demander de l’aide. Heureusement, j’avais tracé mon numéro avant de partir et j’ai fini par revenir en Guinée il y a un mois. »
Salimatou conclut : « Je ne dis pas qu’ils m’ont torturée, mais les gens là-bas ne sont pas humains. Ils n’ont aucune pitié. J’ai vu au moins six filles malades qui n’avaient pas été envoyées à l’hôpital. Les autorités guinéennes doivent tout faire pour aider ces jeunes femmes. »
La victime a eu la chance de rentrer au pays il y a un mois. Notre rédaction continue de suivre l’affaire.
Mamadou Baïlo Bah pour lumiere224.com
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