À seulement 13 ans, elle porte déjà sur ses épaules les espoirs de tout un pays. Souriante, posée, mais déterminée, Sia Gena Camara, élève au Groupe scolaire Les Dalhias, vient de signer l’une des plus belles performances du tennis de table guinéen. Au Championnat ouest-africain qualificatif pour le Maroc, la jeune pongiste a décroché deux médailles d’argent, offrant à la Guinée une performance historique et une qualification pour la prochaine étape de la compétition.
Mais derrière ces deux médailles se cache une réalité moins reluisante : des entraînements souvent réalisés avec des équipements insuffisants, des sacrifices quotidiens et une volonté de fer qui lui ont permis de défier les meilleures joueuses de la sous-région.

« Ces deux médailles sont historiques pour moi, pour ma famille et pour tout le peuple guinéen. Mais je considère que ce n’est que le début. Je veux gagner encore plus de médailles pour la Guinée », affirme la jeune championne avec une maturité qui contraste avec son âge.
L’histoire de Sia Gena Camara commence bien avant les podiums. Très jeune, elle découvre le tennis de table grâce à son grand-père.
« Je regardais les grands jouer. Ça m’a donné envie de faire comme eux. J’ai intégré l’équipe et mes entraîneurs ont commencé à me former. Depuis, je n’ai jamais arrêté de travailler », raconte-t-elle.

Ce qui n’était qu’une curiosité d’enfant est rapidement devenu une véritable passion, nourrie par des heures d’entraînement et une discipline rigoureuse.
Sur la table, les échanges sont rapides. Mais le plus grand adversaire de Sia Gena Camara ne se trouvait pas toujours en face d’elle.
« Avant les matchs, je suis très émotive. Cette émotion peut me faire perdre mes moyens. Avec mon entraîneur, nous avons énormément travaillé pour que je puisse la contrôler. »
Un travail mental qui s’est révélé décisif. Match après match, la jeune Guinéenne a éliminé ses adversaires avant de se hisser jusqu’en finale du championnat.
Même battue lors du dernier match, elle refuse de parler d’échec.
« J’ai perdu la finale, mais je vais continuer à travailler. Mon objectif est de retrouver cette adversaire au Maroc et de la battre. »
Si les résultats font aujourd’hui la fierté du pays, la préparation, elle, a été particulièrement compliquée.
La jeune sportive ne cache pas les difficultés auxquelles son équipe a dû faire face.
« Nous n’avions pas suffisamment de matériel pour bien nous entraîner. Il manquait des raquettes, des balles, des survêtements et des maillots. Malgré tout, nous avons continué à travailler. »
Une déclaration qui relance la question des conditions de préparation des sportifs guinéens, souvent confrontés au manque d’infrastructures et d’équipements, malgré des performances de plus en plus remarquables sur la scène internationale.
« Les jeunes filles doivent croire en leurs rêves »
Au-delà des médailles, Sia Gena Camara veut transmettre un message à toute une génération.
« Je demande aux jeunes filles de pratiquer le sport qu’elles aiment et de ne jamais négliger leurs études. On peut réussir dans le sport tout en poursuivant sa scolarité. »
Un message fort venant d’une adolescente qui conjugue déjà études et sport de haut niveau.

À ceux qui pensent que deux médailles suffisent à son bonheur, Sia répond avec le regard tourné vers l’avenir.
« Je veux participer aux Jeux africains, aux Jeux olympiques de la jeunesse et, un jour, aux Jeux olympiques. C’est mon plus grand rêve. »
« Aidez-nous à développer le tennis de table »
Avant de quitter l’entretien, la jeune médaillée lance un appel aux autorités sportives.
« Le tennis de table mérite plus d’attention. Nous avons besoin d’accompagnement pour faire connaître cette discipline et permettre aux jeunes talents de s’exprimer. Avec plus de soutien, nous pouvons rapporter encore plus de médailles à la Guinée. »

À seulement 13 ans, Sia Gena Camara ne se contente pas de collectionner les médailles. Elle incarne une génération de jeunes sportifs qui, malgré le manque de moyens, refusent de renoncer à leurs ambitions. Son parcours rappelle qu’en Guinée, le talent existe bel et bien. Reste désormais à lui donner les moyens de s’exprimer pleinement sur les plus grandes scènes africaines et mondiales.
Ousmane Camara, Natif de Moriah
















